Musée PASO

Musée PASO

Musée PASO 360 à DrusenheimArchitecte : WEIXLER Bernard

PASO, la peinture au corps à corps

Le pôle culturel de Drusenheim présente, dans le Musée PASO, un ensemble d’œuvres significatif de la démarche du peintre PASO.

Cet ensemble est un don fait par le peintre à sa ville natale. Il permet au visiteur de rencontrer un artiste qui se distingue par la somptuosité et l’éclat de ses toiles, le traitement des couleurs, une gestuelle qui suppose maîtrise du mouvement et vitesse d’exécution.

Paul Klein, né à Drusenheim en 1935, adopte le nom de peintre de PASO en 1985, l’année où, de retour d’un voyage en Chine, il décide de rompre avec sa carrière de chef d’entreprise pour ne se consacrer qu’à la seule peinture.

Celui qui avait été, à 14 ans, le plus jeune élève de l’Ecole des arts décoratifs de Strasbourg, (aujourd’hui la HEAR, Haute Ecole des Arts du Rhin) et n’avait jamais cessé une activité de peintre, franchit alors un pas décisif et fait un choix de vie radical et risqué : l’engagement exclusif dans l’art.

Les œuvres exposées au Musée PASO montrent comment cet artiste s’inscrit dans la peinture contemporaine.

Par sa façon de traiter la toile, d’utiliser la couleur, de solliciter le geste, PASO fait partie des grands courants de la peinture abstraite que l’on a qualifiée de « gestuelle » ou « lyrique ». Son œuvre dialogue ainsi avec celle de peintres comme Hans Hartung, Olivier Debré, ou Georges Mathieu, pour ne donner que trois noms.

Par le fait que ses toiles suggèrent toujours des figures humaines, il participe des interrogations contemporaines sur la représentation, notamment celle du corps, comme on les trouve chez Franta, Francis Bacon, ou dans la série des Otages de Fautrier, où des images de corps s’extraient de la peinture, comme d’une glaise colorée .

D’une certaine façon, PASO dépasse ainsi l’opposition entre peinture abstraite et peinture figurative, ou en réalise une synthèse, d’autant plus efficace que la trace des gestes apparaît aussi évidente que la figure qui en émerge est suggestive. Le spectateur peut voir en effet que chaque toile suppose un investissement physique fort du peintre dans la toile -un corps à corps- au terme duquel apparaît une représentation de corps… Le peintre lui-même définit ainsi sa démarche: « un ordre qui naît du chaos », des corps peints qui naissent de la gestuelle d’un corps qui peint.

Impulsifs ou non, rageurs ou pas, les gestes de PASO sont des caresses: le corps de l’artiste caresse sur la toile des formes de corps que la couleur fait apparaître. À l’intérieur même de ces corps, des corps apparaissent parfois. Le critique et galeriste Rudolf Greiner parle de ces « corps dans la tête », et l’artiste ajoute: « Pour moi, chacun porte dans sa tête son propre corps ou le corps d’un autre ».

La synthèse que PASO réalise entre abstraction et figuration, son interrogation sur ce qui est encore informe et sur l’instant où prend naissance une forme, ne sont pas ses seuls apports à l’art de notre temps. Pour parvenir à ses fins artistiques, PASO s’est doté d’outils originaux sans lesquels sa peinture n’aurait pas eu cette vigueur et cette luminosité.

PASO fabrique ses propres couleurs, « en privilégiant -précise-t-il- celles qui sont les plus riches en pigment », et il en dose les ingrédients de manière à ce qu’elles ne se mélangent pas quand elles se croisent et se superposent sur la toile, qu’elles demeurent pures, « Je ne mélange pas la couleur sur la toile -dit-il. Je laisse la beauté de chaque couleur s’exprimer ».

Pour passer ses couleurs en gestes larges, rapides et assurés, sans retouches ni repentirs, l’artiste a mis au point des outils spéciaux: ni brosses, ni pinceaux, mais des « instruments PASO » dotés de réservoirs à peinture. Il rejoint ainsi, dans l’histoire, les créateurs de couleurs et d’outils (on pense au vert de Véronèse, au bleu de Klein, aux pinceaux ou à la sulfateuse d’Hartung, au pouring et au dripping de Pollock, aux bétons de Miguel, aux allumettes de Vachey…), artistes dont le projet ne pouvaient se réaliser avec les matériaux et outils existants.

L’originalité de PASO ne se limite pas à l’invention de couleurs et d’outils. Elle touche aussi la manière même de peindre, et à l’organisation de l’atelier . Cela, que le spectateur ne peut voir, il peut l’imaginer: PASO peint dans la pénombre. Aucune lumière naturelle ne filtre du dehors. Aucune lumière électrique n’éclaire son atelier. Il peint à la lueur de quelques bougies, presque en aveugle… Rudolf Greiner, critique d’art à Tübingen en Allemagne, parle à ce propos de « regard corporel », Serge Hartmann, journaliste et critique d’art des DNA , précise: « pourquoi assujettir son art à la précision rétinienne quand on porte en soi sa propre peinture? » et PASO conclut: « L’œil est un ennemi »… Caressant la toile dans la pénombre, donnant à ses caresses les formes du corps de l’autre, l’artiste peint comme on ferme les yeux dans un corps à corps amoureux.

Il faut apporter ici une précision: la synthèse que PASO réalise entre abstraction et figuration doit moins aux artistes du monde occidental qu’à sa découverte de la Chine. L’artiste a été frappé par la façon dont la tradition chinoise perçoit le mode et le temps d’exécution de l’œuvre: rapidité et précision du geste, économie de moyens, absence de repentir. C’est en Chine qu’il a perçu qu’entre la pratique de l’art, la vision du monde, les règles de vie, il ne doit pas y avoir de rupture. C’est de la Chine qu’il a appris à considérer la nécessaire dualité des choses, l’inscrivant, dès 1985, jusque dans son nom d’artiste: PA, pour Paul, SO, pour Sonia, sa première épouse, décédée en 1998. Et c’est en suivant la leçon chinoise qu’il a organisé son atelier, mis en place ses rituels de peintre, appris à douter de ses yeux et à mettre en déroute la raison pour se fier aux seuls rythmes de son corps. Si PASO est bien relié aux artistes occidentaux de notre époque, c’est par la Chine interposée.

La leçon que nous transmet PASO, c’est qu’il faut peindre en maîtrisant les techniques et les savoirs, mais en dépit des savoirs, et en outrepassant les techniques.

Germain Roesz, artiste, critique d’art et professeur d’université écrit à propos de la peinture de PASO, dans le livret Quand l’arbre célèbre l’art de vivre: « C‘est une lutte qui, avec la matière, la couleur et les formes, finit par devenir l’histoire même de la peinture de PASO, son histoire de peintre qui s’observe dans les linéaments de ses traits, dans les entrelacements de ses couleurs, dans les tracés violents comme autant d’orages, de pluie, de souvenirs, qui fondent la vie d’un homme ».

Raphaël MONTICELLI
écrivain, critique d’art
Janvier 2016

Heures d’ouverture du  Musée PASO dans le Pôle Culturel de Drusenheim

2 rue du Stade – 67410 DRUSENHEIM

Mardi : 14 h à 19h30
Mercredi : 10h à 12h  et 14h à 19h30
Jeudi : de 14h à  18h
Vendredi : de 14h à 19h30
Samedi : de 9h30 à 12 h30

Information in: Allemand